Les dessous d'une nouvelle crise à Gaza



La reprise de tirs intensifs de roquettes et d'obus de mortier vers le sud d'Israël a provoqué la plus grave escalade de la violence dans la bande de Gaza depuis l’opération « Plomb Durci » en 2008-2009. En réaction à la multiplication des attaques contre leur territoire, les autorités civiles et militaires israéliennes ont ordonné aux Forces de défense (IDF) de mener des frappes ciblées contre le Hamas et le Jihad islamique, et de détruire leurs sites de lancement. Mercredi 14 novembre, Ahmad Jaabari, chef des Brigades Ezzedine al-Qassam (la branche  militaires du Hamas), trouvait la mort avec son chauffeur après un raid contre sa voiture dans la ville de Gaza. Les IDF ont rapidement confirmé la mort du leader terroriste, ajoutant qu’il était directement responsable de plusieurs attentats perpétrés en Israël ces dernières années. Les Brigades Ezzedine al-Qassam ont pour leur part rejeté vers Israël toute la responsabilité des derniers évènements et ont déclaré une  « guerre totale », affirmant dans un communiqué que « l'occupant avait ouvert sur lui-même les portes de l'enfer » en tuant Ahmad Jaabari.

 

Dès l’annonce de sa mort, les combattants islamistes ont tiré plusieurs centaines de roquettes vers le sud d’Israël. La presse israélienne a aussi rapporté que des terroristes avaient visé à plusieurs reprises la ville frontière de Bnei Netzarim depuis le Sinaï égyptien. Au point de vue humain, trois civils israéliens ont perdu la vie dans la chute d’une roquette sur un immeuble d’habitation de la ville de Kyriat Malachi, dans le district d’Eshkol, et 16 autres ont été blessés à travers le pays. Du côté palestinien, 15 combattants armés ont été tués et près de 150 personnes ont été blessées depuis le lancement de l’opération « Pilier de Défense » par Tsahal. Dans le même temps, des drones ont détruit plus d’une centaine de projectiles qui continuaient à s’abattre depuis Gaza. Jeudi soir, le Hamas a en effet rejeté toute discussion sur une trêve. Des cellules terroristes ont aussi tenté à plusieurs reprises de viser Tel Aviv avec des roquettes de fabrication iranienne. Les alertes anti-missiles ont donc retenti pour la première fois depuis la guerre du Golfe de 1991.

 

La main de la Syrie et de l’Iran

 

L’éclatement d’une nouvelle crise à Gaza à cette période n’est pas due au hasard, et la main de la Syrie et de l’Iran est visible derrière les agissements de la myriade de groupuscules terroristes actifs dans la bande côtière. Damas a déjà tenté sans succès d’entraîner Israël dans la tourmente par plusieurs actions de déstabilisation en direction du Golan. Jeudi 15 novembre, un soldat israélien a ainsi été blessé par une « balle perdue » tirée depuis la zone démilitarisée. Comme nous l’avons souligné dans notre briefing du 14 novembre, cette stratégie a néanmoins peu de chance de réussir en raison de l’équilibre des forces militaires sur le terrain et des conditions géographiques propre à la région. Pour Damas, réactiver un conflit entre Israël et le Hamas constitue donc une nouvelle option pour détourner le regard du monde, et particulièrement des populations arabes, du massacre en cours sur son propre territoire.

 

L’Iran, autre soutien traditionnel des terroristes de Gaza, a autant de raisons de favoriser une guerre d’usure. Protégé par un accord tacite intervenu avant les élections américaines entre Barack Obama et Benjamin Netanyahu, Téhéran doit créer une diversion pour retarder une intervention militaire contre ses installations nucléaires. La Syrie et l’Iran auront donc une nouvelle fois démontré le pouvoir de nuisance en usant d’organisations terroristes pour viser un ennemi inatteignable par des moyens conventionnels. Tsahal devra donc démontrer sa capacité à détruire rapidement des installations disséminées à Gaza pour mettre cette stratégie en échec. En cas d’enlisement sur le terrain, les morts civiles et les destructions inévitables dans les deux camps ne profiteraient qu’à des acteurs extérieurs.

 

Soutien international à Israël

 

L’imbrication des évènements de Gaza avec la guerre civile syrienne et l’enlisement du dossier nucléaire iranien explique en partie la réaction très mesurées des principaux acteurs internationaux, qui ont tenu une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité des Nations Unies dès mercredi. Si la Russie a sans surprise pris ses distances avec l’intervention israélienne, les Etats-Unis et leur allié britannique ont affirmé leur soutien à Israël dans cette nouvelle épreuve. L’ambassadrice américaine auprès des Nations-Unies, Susan Rice, a déclaré que « rien ne justifiait la violence à laquelle ont recours le Hamas et d’autres organisations terroristes contre le peuple israélien », ajoutant qu’Israël avait « comme toute autre nation, a le droit de se défendre contre de telles attaques brutales.» La France a également reconnu le droit d’Israël à se défendre, tout en déplorant cette nouvelle escalade de la violence.

 

La Maison Blanche a par ailleurs indiqué que le président Barack Obama s’était entretenu personnellement dès mercredi avec Benjamin Netanyahu et avec son homologue égyptien Mohamed Morsi, leur signifiant la nécessité d'une « désescalade ». Plusieurs observateurs regardent en effet avec inquiétude la réaction de l’Egypte, où des sympathisants des Frères musulmans et du Hamas ont déjà tenus plusieurs rassemblements publics anti-israéliens. L’Egypte a par ailleurs rappelé son ambassadeur à Tel Aviv et annoncé que son Premier ministre Hisham Qandil se rendrait à Gaza pour négocier un cessez-le-feu. La situation représente un défi majeur pour le pouvoir islamiste égyptien, qui devra démontrer sa capacité à contrôler son allié du Hamas et laisser Gaza aux mains des milices proches de Damas et de Téhéran. Rappelons que c’est entre autres l’incapacité du Caire à assurer la sécurité dans le Sinaï qui a permis à ces groupes de s’équiper en armement lourd.

 

Perspectives à court terme

 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré qu’Israël allait « continuer à prendre toute action nécessaire pour défendre sa population. » À moins de deux mois des élections législatives du 22 janvier 2013, son gouvernement engage plus que jamais sa crédibilité à assurer la sécurité d’Israël dans un environnement régional extrêmement instable. « Toutes les options sont sur la table. Si nécessaire, l'armée est prête à lancer une opération terrestre à Gaza », assurait dès jeudi un porte-parole militaire israélien sur son compte Twitter officiel, laissant entrevoir la suite probable des évènements si les tirs de roquettes ne cessent pas.

 

Les prochaines 48h seront certainement capitales. Si la direction du Hamas parvient à imposer à son aile militaire et aux autres organisations terroristes de Gaza un retour à « la normale », il est probable qu’on assiste à une désescalade  rapide de l’intensité du conflit. Dans le cas contraire, il est très probable que la situation s’aggrave  tout aussi rapidement. La mobilisation par les IDF de 16.000 réservistes ce vendredi 16 novembre, indique si besoin en était la détermination israélienne.

 

 

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