Mali : Point de situation sur l'opération Serval



Au sixième jour de l’opération Serval, le ministre français de la défense Jean-Yves Le Drian a annoncé qu’une colonne de blindés avait pris la direction de la ville de Diabali, tombée dimanche entre les mains des combattants islamistes d’Ansar Dine. L’amiral Edouard Guillaud, chef d’Etat-Major des Armées, a déclaré pour sa part que les soldats français entreraient en « combat direct » avec les terroristes dans les prochaines heures. Plus tard dans la journée, une « source sécuritaire » citée par l’AFP a fait état de premiers affrontements au « corps à corps »  impliquant des militaires français autour de Diabali. Près de 1 700 hommes ont déjà été déployés au Mali, dont des compagnies d'infanterie chargées d’assurer la sécurité des 6 000 ressortissants français qui vivent dans le pays, principalement à Bamako. Au total, le dispositif militaire français devrait atteindre 2 500 hommes.

 

Dans les premiers jours de l’opération, des centaines de frappes aériennes ont été menées dans les zones contrôlées par les groupes islamistes. Des positions et des postes de commandes d’Ansar Dine et du Mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) situés à proximité de Gao ont ainsi été bombardés par des chasseurs basés au Tchad. Des hélicoptères de combats basés au Burkina Faso ont aussi permis de bloquer la progression de colonnes islamistes vers le pays Bambara, à la limite entre le nord et le sud du Mali. C’est au cours d’un de ces raids qu’un soldat  français a trouvé la mort dimanche dans le secteur de Konna, épicentre des premiers combats. À noter que l’incertitude plane toujours sur la situation de la ville, dont la reprise avait été annoncée le weekend dernier par les autorités maliennes, puis démentie par Jean-Yves Le Drian.

 

Contexte diplomatique de l’opération

 

L’ordre donné par François Hollande vendredi 11 janvier de mener des frappes aériennes au nord du Mali a mis un terme à des mois d’attentisme de la communauté internationale face à l’expansion de la menace djihadiste au Sahel.  Rappelons que le président français avait déjà soulevé l’urgence d’une intervention de soutien aux autorités maliennes devant l’Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre 2012. Depuis lors, l’enlisement du processus de  négociations mené sous l’égide de Blaise Compaoré à Ouagadougou, les difficultés logistiques liées à la mise en place d’une force africaine et les réticences de l’Algérie ont retardé toute intervention. Rappelons qu’au mois de novembre, le représentant du secrétaire général de l’ONU pour le Sahel, Romano Prodi, avait estimé qu’aucune opération militaire ne pourrait prendre place au Mali avant l’automne 2013.

 

Jeudi dernier, la poussée islamiste vers le sud et la chute de la ville de Kona aura donc joué le rôle de catalyseur, et amené la France à assumer seule ses responsabilités en tant que puissance militaire régionale. En déclenchant l’opération Serval, Paris a répondu à l’appel du président malien par Intérim, Dioncounda Traoré, dont l’écho s’était perdu depuis des mois dans les méandres des Nations Unies et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao). La France a par ailleurs reçu le soutien unanime des membres du conseil de sécurité de l’ONU, y compris de la Russie et de la Chine, réunis en urgence dans la nuit de lundi à mardi. On notera enfin le rôle ambigu de l’Algérie, dont la presse a dénoncé une intervention de type colonial alors que le président Abdelaziz Bouteflika autorisait le survol de son territoire par des appareils français. Ajoutons que le Maroc a également donné une autorisation de survol du pays aux forces françaises.

 

Risque terroriste accru

 

Dès le début des opérations militaires, les autorités françaises ont monté le dispositif antiterroriste Vigipirate de « rouge » à « rouge foncé ». Comme l’a souligné le juge antiterroriste Mard Trévidic dans un entretien accordé au quotidien le Parisien, cette offensive militaire fait de la France une cible prioritaire pour les groupes liés à Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). Selon lui, il ne faut toutefois pas s’attendre à une tentative d’attentat d’envergure dans l’immédiat, mais plus à des actions d’individus isolés de type  Mohammed Merah, qui ont déjà démontré leur dangerosité par le passé. Le magistrat s’inquiète aussi des appels lancés depuis le Mali à destination de citoyens français qui seraient volontaires pour rejoindre le Djihad. On notera par ailleurs la coïncidence du déclenchement de l’opération Serval avec l’échec de la mission de libération de l’otage français retenu en Somalie, qui va contribuer à braquer l’attention de la nébuleuse djihadiste mondiale en direction de la France.

 

Pour l’heure, le risque terroriste le plus préoccupant concerne donc les intérêts français à l’étranger, principalement  au Maghreb et dans la zone sahélienne. Le 12 janvier, un porte-parole du groupe Ansar Dine a averti que l’opération Serval aurait des conséquences pour les ressortissants français dans le monde musulman. La veille, un responsable de l’AQMI avait déjà déclaré que l’intervention militaire française mettait directement en danger la vie des otages. Mercredi 16 janvier, une cellule terroriste liée à la brigade Khaled Aboul Abbas de Mokhtar Belmokhtar mettait ses menaces à exécution en enlevant deux ressortissants français et un ressortissant japonais sur un site de British Petroleum dans le sud algérien. Rappelons qu’au mois de décembre, le chef terroriste avait créé un nouveau groupe : Al-Mouwaqqiaouna bi ddimaa (ك ت ي بة "ال موق عون ب ال دماء " - Ceux qui signent avec leur sang), et menacé d’ordonner des attaques contre les intérêts de la France et des états voisins du Mali en cas de « déclaration de guerre ».

 

Perspectives à court terme

 

On l’a vu, les opérations militaires sont entrées dans une nouvelle phase avec  l’intervention de troupes au sol dans les zones de combat. Pour autant, François Hollande a pris soin de préciser que la France n’avait pas vocation à rester au Mali et qu’elle désirait passer le relais au plus vite aux hommes de la Cédéao, qui devrait déployer de premiers contingents à partir du 18 janvier. Les forces françaises pourront aussi compter sur les combattants touaregs du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA), qui ont manifesté leur soutien à l’opération Serval dans un communiqué publié le 14 janvier.

 

La résistance farouche livrée par les islamistes et leur capacité à se disperser sur un terrain hostile, de même que le risque accru d’opérations terroristes dans les prochaines semaines font cependant entrevoir un engagement de longue haleine. L’issue de l’opération Serval –  dispersion des cellules djihadistes et rétablissement de l’intégrité territoriale du Mali ou gel de la situation à la frontière entre les deux Mali – reste donc incertaine à court terme, malgré les capacités militaires considérables mises en œuvre par l’armée française.


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